KACEY MOTTET KLEIN ET GALLATEA BELLUGGI
KEEPER
UN FILM DE GUILLAUME SENEZ

Le Matin Dimanche - Kacey M. Klein trace son sillon dans le cinéma français

Cinéma
Le comédien vaudois de 17 ans joue un père adolescent dans «Keeper», de Guillaume Senez. Il sera dans quelques mois à l’affiche du prochain film d’André Téchiné au côté de Sandrine Kiberlain. Rencontre.

Lorsqu’on arrive au lieu fixé pour le rendez-vous, il est déjà là, en train de garer son scooter devant sa pizzeria préférée. Pas d’attaché de presse chronométreur à l’horizon. Une rencontre à l’ancienne qui rappelle ce temps lointain où artistes et médias prenaient le temps de communiquer. Kacey Mottet Klein est l’un des jeunes acteurs francophone les plus prometteurs. Mais c’est surtout un garçon humble et chaleureux qui ne cherche pas à se la raconter.

A tout juste 17 ans, Kacey possède déjà une filmographie impeccable. Un parcours fulgurant, au fil duquel, outre une rencontre décisive avec Ursula Meier («Home»,«L’enfant d’en haut»), une collaboration avec Joann Sfar («Gainsbourg, vie héroïque»), le natif de Lausanne aura donné la réplique à des pointures telles que Fabrice Luchini («Gemma Bovary» d’Anne Fontaine) ou Mathilde Seigner («Une mère» de Christine Carrière). Cet automne, il est à l’affiche de «Keeper», long-métrage de Guillaume Senez dans lequel il incarne Maxime, un ado de 15 ans bien décidé à persuader la fille qu’il a mise enceinte de garder leur enfant.

Confrontation avec la réalité
Un rôle fort qu’une fois encore, Kacey tient à la perfection. «C’est Ursula Meier qui m’a proposé à Guillaume. Celui-ci avait peur que je sois trop jeune car il avait toujours les images de «L’enfant d’en haut» dans un coin de sa tête. Une autre époque (sourire)… Fort heureusement, j’ai tout de même pu faire le casting et ça s’est très bien passé.» A l’écran, Kacey impressionne dans la peau de Maxime, gardien de buts d’avenir et ado à la fois rêveur et mature. «L’histoire, je la connaissais à peine. Il n’y avait rien d’écrit car le travail de Guillaume repose principalement sur l’improvisation. C’est lui qui nous guidait et nous avons tout mis en oeuvre pour nous confronter à sa vision. Nous avons visité des foyers spécialisés dans l’accueil de jeunes femmes en grossesse précoce. Une sacrée confrontation avec la réalité.» Perçoit-il «Keeper» comme une étape importante de sa carrière? «C’est vrai que pour la première fois, un film repose en partie sur mes épaules. C’est une responsabilité mais aussi un plaisir, car j’ai eu face à moi un réalisateur à l’écoute. C’était donc plus facile.»

Simuler l’amour avec un garçon
L’automne et les saisons à venir s’annoncent chargés pour Kacey, qui va devoir relever d’autres challenges: il sera à la fin de l’hiver ou au début du printemps à l’affiche de «Quand on a 17 ans», le prochain film d’André Téchiné. A cette simple évocation, notre interlocuteur s’emballe: «C’est génial, c’est magique, c’est juste incroyable d’avoir eu l’opportunité de tourner avec un monsieur comme André Téchiné, qui a près de cinquante années d’expérience dans le cinéma. J’attends cette sortie avec impatience. Il s’agit d’un film politique, social. Je joue le rôle d’un garçon attiré par ceux de son sexe. Je suis hétéro comme mon partenaire. Nous avons beaucoup parlé ensemble et décidé de tout donner sans nous préoccuper de ce que pensent les gens…» Il s’arrête, prend le temps de la réflexion avant de poursuivre: «Simuler l’amour, embrasser,ce n’est pas évident mais cela fait partie des défis qu’un acteur doit relever afin de progresser.» Un film qui, dans la foulée de «Keeper», s’annonce lui aussi très important pour Kacey «Il risque d’être décisif pour ma carrière, dit-il. Tu peux être sûr qu’un film de Téchiné est regardé par le gratin du cinéma français…» Lui qui a pris la décision d’arrêter ses études à 15 ans sait qu’il doit envisager son avenir comme un professionnel, avec les risques que cela comporte. «Ce n’était pas une décision facile à prendre. Heureusement ma mère a compris et m’a soutenue même si, pour elle non plus, ce ne devait pas être évident… Mais je ne suivais plus. Mon esprit était ailleurs. Je ne voulais pas prendre le risque de passer à côté d’une carrière de comédien. J’ai conscience de prendre un risque car je ne suis de loin pas arrivé. Est-ce que ce risque sera payant? Il est trop tôt pour le dire. En attendant, je garde les pieds sur terre, il y a du travail qui m’attend.»
lematin.pdf

Jean-Philippe Bernard
© 2015 Louise Productions Facebook Contact