KACEY MOTTET KLEIN ET GALLATEA BELLUGGI
KEEPER
UN FILM DE GUILLAUME SENEZ

La Liberté - Une adolescence chamboulée

Pour son premier long-métrage, le réalisateur franco-belge Guillaume Senez aborde avec franchise et sensibilité le thème de l'adolescence et de la paternité.

Maxime et Mélanie ont quinze ans et ils sont amoureux, comme on peut l'être à cet âge, avec une parfaite insouciance teintée de naïveté et d'inconscience. Mais leur vie est bouleversée lorsque Mélanie envoie un texto de deux mots à son petit ami: «Suis enceinte.» Sans trop réfléchir, ils décident de garder l'enfant, contre l'avis de la mère de Mélanie qui s'oppose violemment à cette idée insensée. Gardien de but talentueux qui rêve d'un avenir sportif glorieux, Maxime voit ses projets remis en cause face à une réalité qui le dépasse totalement...

Pour son premier long-métrage, Guillaume Senez aborde avec franchise un sujet déjà souvent traité, alternant les moments forts et les ellipses pour signer un film attachant sur l'adolescence et la notion de paternité. Au coeur de cette chronique réaliste mais nuancée, le Vaudois Kacey Mottet Klein confirme son exceptionnel talent révélé par Ursula Meier dans «Home» et «L'enfant d'en haut». Sa composition d'ado buté, aussi agile entre les poteaux d'un but que maladroit quand il s'agit d'exprimer ses sentiments, compte pour beaucoup dans la réussite d'un film auquel il ne manque qu'un peu plus de profondeur pour rivaliser avec le cinéma des frères Dardenne ou de Ken Loach, principales sources d'inspiration du cinéaste franco-belge. Kacey Mottet Klein et Guillaume Senez étaient hier à Fribourg pour accompagner le film. Rencontre avec le réalisateur.

Pourquoi avoir choisi d'aborder dans un même film le thème de l'adolescence et celui de la paternité?

J'avais envie de filmer les deux. Je suis moi même papa et je voulais raconter la puissance de la paternité. Et il y a quelque chose que je trouve beau: cette légèreté, cette insouciance, alors que l'on est encore plein d'idéaux. Donc très vite, j'ai eu l'envie de mixer les deux sujets, d'amener un point de vue masculin
sur la paternité, dans le contexte d'une grossesse adolescente.

Et pourquoi avoir fait de Maxime un footballeur?

J'aime partir de ce que je connais le mieux. Et j'ai joué au foot toute ma vie. Le cinéma est une passion, mais le foot tout autant: j'ai joué et entraîné pendant des années au niveau national et régional ce qui m'a permis de payer mes études de cinéma. Et je trouvais que la position très ingrate du gardien de but faisait écho à l'impuissance de Maxime par rapport à la grossesse adolescente, dans le sens où un gardien ne va jamais marquer de goal, il ne va jamais gagner le match, seulement limiter la casse et influencer le résultat. Et Maxime, par rapport à Mélanie, c'est un peu la même chose: il va essayer de l'influencer, mais il n'a pas de vrai pouvoir de décision.

Vous racontez cette histoire presque exclusivement du point de vue du garçon, alors que la jeune fille apparaît très passive et influençable...

Je ne suis pas d'accord de dire qu'elle est dans l'ombre, elle est tout de même très présente dans le film.
Mais c'est clair que Mélanie est un personnage influençable, elle est discrète, effacée, mais à la fin elle rebondit, elle prend son corps en main, elle explique qu'elle a fait ce qu'elle devait faire. Il y a déjà eu
beaucoup de films sur des grossesses adolescentes et tous suivent, à juste titre, le personnage féminin
mais du coup le personnage masculin est souvent bâclé. Moi j'avais envie de prendre le contrepied, de
montrer le point de vue du mec.

Les dialogues, les réactions des personnages sont d'une grande justesse.Comment avez-vous procédé pour parvenir à ce degré de réalisme sans tomber dans la caricature?

J'ai eu la chance d'avoir une excellente directrice de casting: dans un film comme celui-là, le bon choix des comédiens c'est 80% de la réussite finale. Sur le tournage, aucun des acteurs n'a reçu le scénario. Ils connaissaient très bien l'histoire et leur personnage mais ils n'ont jamais eu accès aux dialogues. On faisait une première improvisation, puis on en discutait, on recommençait et on finissait par arriver ensemble au texte écrit. Et à chaque fois, ils apportaient quelque chose d'eux-mêmes, une expression, une maladresse, des petits détails qui émanent du réel, ce qui donne cette impression de spontanéité.

La fin du film est ouverte. Comment peut-on l'interpréter?

Je pense qu'elle reste positive. Je n'aime pas dire que Maxime devient un homme, mais en tout cas il grandit, il découvre que la vie n'est pas simple, que l'envie ne suffit pas. Ce n'est pas un film à message, pour ou contre l'avortement ou l'adoption. Je voulais montrer quelque chose à la fois simple et très complexe. Certains vont trouver cette fin horrible, d'autres vont détester la mère de
Mélanie, d'autres vont adorer la mère de Maxime, chacun peut se positionner en fonction de sa propre sensibilité, de son vécu. Et ce
que je souhaite, c'est de partager une émotion avec le spectateur et de faire en sorte qu'elle soit la plus juste et la plus honnête possible.

@ Eric Steiner
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