KACEY MOTTET KLEIN ET GALLATEA BELLUGGI
KEEPER
UN FILM DE GUILLAUME SENEZ

La Culture - Une envie de parler de la paternité

Le réalisateur franco-belge Guillaume Senez signe un premier long-métrage fin, sensible et délicat
sur la paternité adolescente. Récemment primé à Locarno et chaudement accueilli à Toronto, « Keeper » sera en compétition au Festival international du film francophone de Namur.

ENTRETIEN TORONTO DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Révélé par quelques courts-métrages remarqués et primés un peu partout dont un Magritte du court-métrage pour U.H.T, ce natif de Bruxelles de 37 printemps et père de deux enfants passe à la vitesse supérieure avec Keeper. Avec un récit au plus près de l’humain où Maxime, 15 ans, interprété par un bouleversant Kacey Mottet Klein (L’enfant d’en haut, Gainsbourg, une vie héroïque...) va se prendre la grossesse de son amie Mélanie (Galatea Bellugi, tout aussi touchante) sur le coin de la figure. Film épuré et naturaliste s’il en est, Keeper est ce qu’il convient d’appeler un joli et émouvant portrait d’adolescents qui sortira chez nous le 6 janvier 2016.

Pourquoi cette histoire de paternité adolescente ?

J’avais envie de parler de la paternité. Et de l’adolescence.
Quand j’ai commencé à écrire je me suis dit que c’était casse-gueule parce qu’il y a déjà beaucoup de films sur des grossesses adolescentes, mais je suis passé assez vite au-dessus. C’est la paternité qui me touchait. Je voulais suivre Maxime parce que jamais on aborde le point de vue du père. Sans pour autant bâcler le personnage féminin, je souhaitais montrer cette espèce d’impuissance qu’a Maxime à essayer de garder cet enfant.

Quels sont les films adolescents qui comptent à vos yeux ?

Kids de Larry Clark est un de mes films cultes. C’est sans doute un des plus grands films, si pas le plus grand film sur l’adolescence. Ken Park (tou- jours de Larry Clark, coréalisé avec Edward Lachman sur un scénario d’Harmony Korine, NDLR) et Paranoid Park de Gus Van Sant aussi. Autant en tant que cinéphile que de cinéaste. Il y a quelque chose de magique dans ces trois films.

On peut imaginer que votre adolescence n’a pas été des plus simples.
« Keeper » vous a-t-il aidé à être en paix avec vous-même et envers les gens qui accompagnaient ce chaos ?


Je ne peux pas en dire beaucoup parce que c’est compliqué, mais il s’est passé pas mal de choses, en effet. Par contre, je n’ai pas eu d’enfant à quinze ans. Mais oui, il doit y avoir quelque chose de cathartique. C’est comme le sport, c’est un exutoire. J’en ai fait toute ma vie, mais je met- tais des goals plutôt que je n’en arrêtais.

La parallèle entre ce que vit Maxime et le fait qu’il soit gardien de but n’est évidemment pas anodin. Comment le décrire ?

Quand on est gardien de but, on est impuissant par rapport à ce qui se passe sur le terrain. On ne sait pas marquer des buts. On sait limiter la casse et influencer le résultat. C’est exactement la situation de Maxime. Il sait limiter la casse, influencer, mais il n’a pas les pleins pouvoirs.

« Keeper » rappelle, dans l’esprit en tout cas, certains films de Luc et Jean- Pierre Dardenne. Vous revendiquez une espèce d’héritage, de filiation ?

En tout cas, pour La promesse, Rosetta et Le fils, oui. Pour leur côté proche du réel mais moins pour la forme. Même si mon cinéma est sensiblement différent et que j’aspire à affiner mon propre style, ce sont des cinéastes importants. Le fils, par exemple, j’ai eu du mal à m’en détacher pendant long- temps. Je commençais à écrire et j’y pensais beaucoup. Pour le reste, je suis très cinéphile, je regarde des films du monde entier.

D’où vient ce côté épuré, poétique et naturaliste de votre cinéma ?
Je suis d’abord et avant tout dans une recherche d’émotions. J’essaie que cette émotion soit la plus honnête et la plus authentique possible. Je ne suis pas dans une recherche d’originalité, d’analyse ou de message. Ce n’est pas un film pro ou anti-avortement, pro ou anti-adoption ni pour ou contre l’hyper-sexualité des adolescents. J’essaie de montrer les choses comme elles existent et comme elles sont. Ensuite, on peut en discuter et en débattre.

Un mot enfin sur cette scène-clé du film où Maxime court jusqu’à l’épuisement sur « Misses » des Girls In Hawaii...

C’est ma scène préférée. A chaque fois, j’ai des frissons. Et puis, la chanson est formidable. C’est effectivement une scène pivot et c’est la scène qui me ressemble le plus. Courir. Je fais beaucoup de sport, c’est un bon exutoire. Il y a beaucoup de moi dans Maxime, surtout dans l’envie. Quand je n’ai pas envie, je n’ai vraiment pas envie et quand j’ai envie je le fais à fond. On met toujours un peu de soi dans les films et comme, pour le coup, c’est via le prisme de l’adolescence, il y a des points communs avec Maxime.

Vous dégagez l’image de quelqu’un de sensible, retenu et pudique. Comment allez-vous aborder la promotion du film ?

Ce que je n’aime pas, c’est parler devant 500 personnes, c’est toujours un peu délicat mais j’apprends. Maintenant, parler de mes films, j’adore. Je suis comme ça. J’ai une carapace. C’est toujours difficile de rentrer dans les détails.

Une petite dernière pour vous découvrir un peu : quels livres avez-vous pris dans l’avion ?

Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers de J.D. Salinger et le livre de Jean-Luc Mélenchon, figurez- vous, son revirement écolo m’interpelle, il semble avoir pris du recul sur lui-même. Ce n’est pas par conviction mais par curiosité.

Propos recueillis par Philippe Manche

Article La Culture
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